Comte Léopold Berchtold
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Comte Léopold Berchtold (1863–1942) était un aristocrate et homme d'État austro-hongrois dont le mandat en tant que k.u.k. (impérial et royal) ministre des Affaires étrangères le plaça au cœur de la diplomatie européenne à la veille de la Première Guerre mondiale. Né à Vienne dans une vieille famille noble possédant des domaines en Moravie et en Hongrie, il reçut l'éducation d'élite typique de la cour des Habsbourg et entra au service diplomatique à la fin du XIXe siècle, un milieu qui privilégiait la discrétion, le cérémonial et le gradualisme.
La carrière précoce de Berchtold comprit des postes dans les grandes capitales d'Europe, aboutissant à sa nomination comme ambassadeur en Russie (1906–1911). Là, il fut témoin des vulnérabilités et des ambitions des puissances européennes après la révolution de 1905 et la crise de l'annexion de la Bosnie-Herzégovine. À la mort d'Alois Lexa von Aehrenthal, l'empereur François-Joseph nomma Berchtold ministre des Affaires étrangères en 1912, espérant un courtisan raffiné capable de stabiliser la position régionale précaire de la Monarchie.
En tant que ministre des Affaires étrangères pendant les guerres balkaniques (1912–1913), Berchtold chercha à freiner l'expansion serbe et à préserver l'équilibre des forces en soutenant la création et la reconnaissance internationale d'une Albanie indépendante. En travaillant avec le Concert européen et la Conférence des Ambassadeurs de Londres, il plaida pour des arrangements qui empêcheraient la Serbie d'obtenir un accès à l'Adriatique et, ce faisant, limiteraient l'influence russe — une approche qui évita temporairement la guerre ouverte mais laissa de profondes rancœurs.
L'assassinat de l'archiduc Franz Ferdinand à Sarajevo en juin 1914 confronta Berchtold à la crise la plus décisive de sa carrière. Convaincu que l'autorité et la cohésion de la Monarchie étaient en jeu, il défendit une ligne dure à l'égard de la Serbie et supervisa la rédaction de l'ultimatum de juillet — un document comportant des demandes vastes conçues pour n'être acceptées qu'à un coût élevé pour la souveraineté serbe. Lorsque la réponse serbe ne satisfit pas à l'ensemble des exigences, Berchtold guida l'Autriche-Hongrie vers la déclaration de guerre le 28 juillet 1914, décision qui contribua à déclencher le conflit général européen une fois les engagements d'alliance entrés en jeu.
En 1914–1915, Berchtold lutta avec l'élargissement du conflit, en particulier la question italienne. Réticent à faire des concessions territoriales pour maintenir l'Italie neutre, il fit face à l'opposition de chefs militaires et de responsables politiques favorables à d'autres stratégies. Sous une pression croissante, il démissionna en janvier 1915. Il occupa par la suite de hauts postes de cour sous l'empereur Charles Ier, mais n'exerça plus jamais une influence sur la politique comparable à celle de 1914.
Le bilan reste contesté. Les critiques dépeignent Berchtold comme un courtisan prudent devenu faucon de guerre, dont la diplomatie de l'ultimatum a mal évalué les risques d'escalade ; d'autres soulignent qu'il opérait dans un cadre d'alliances rigide et une double monarchie fracturée. Quoi qu'il en soit, son mandat illustre l'intersection périlleuse de la politique de prestige, des engagements d'alliance et des tensions nationalistes dans les années qui menèrent à la Grande Guerre.
Ce qu'il laisse
- Architecte de la réponse austro-hongroise à l'assassinat de Sarajevo et de l'ultimatum de juillet (1914).
- Acteur clé de la politique balkanique pendant les crises de 1912–1913, y compris le soutien à une Albanie indépendante.
- Représentant de la haute diplomatie tardive des Habsbourg — formelle, cérémonielle et profondément attachée à l'équilibre entre les grandes puissances.