“J'ai affaibli la poussée vers Paris pour sauver la Prusse-Orientale — et l'on m'a dit que j'avais perdu la guerre.”
Je suis né en 1848 dans une famille d'officiers prussiens et sous un nom déjà inscrit sur des panoplies de bataille. Le travail d'état‑major m'a façonné : cartes, chemins de fer, ordres rédigés pour être exécutés à la vitesse. Le service à la cour m'a appris que la politique n'est jamais absente. Lorsque je succédai à Schlieffen en 1906, je conservai l'esprit offensif mais révisai le déploiement pour une Europe dont les alliances, les calendriers et l'importance de la Russie avaient changé. J'ai renforcé le sud et gardé l'est, cherchant l'élasticité plutôt qu'un coup unique et irrévocable.
En août 1914, je mis la mobilisation en marche. La Belgique résista plus longtemps qu'on ne l'avait supposé ; les Britanniques arrivèrent ; les attaques françaises en Alsace‑Lorraine ne pouvaient être ignorées ; les approvisionnements peinaient à suivre les marches forcées. Les rapports se contredisaient ; les téléphones tombaient en panne ; les commandants soutenaient que leurs risques étaient décisifs. J'ai détaché deux corps et une division de cavalerie vers la Prusse‑Orientale et envoyé des troupes dans des secteurs menacés pour prévenir une rupture. Ce rééquilibrage du front aurait, je le croyais, pu encore produire la victoire si le mouvement tournant était resté cohérent. Il ne le fut pas. À la Marne, notre élan se brisa ; je fus relevé de mes fonctions.
J'ai passé mes dernières années à rédiger des mémorandums et à reconsidérer ce que l'enseignement en temps de paix ne pouvait embrasser. Le prétendu « plan Schlieffen » n'a jamais été un dogme ; ce n'était qu'une étude. Tout chef doit peser les alliés, les frontières, les noeuds ferroviaires et l'endurance des hommes. Jugez‑moi, si vous devez juger, d'après les choix qui s'offraient réellement à moi en 1914, et non d'après une roue parfaite tracée après coup. Je suis mort à Berlin en 1916 avec ces questions encore sans réponse.
J'ai brisé les lignes austro‑hongroises par de brefs tirs d'artillerie et de longues pelles, puis j'ai servi des Rouges en qui je n'ai jamais cru — parce que la Russie devait encore vivre.
Commencer la conversationJe suis resté alors qu'on m'exhortait à embarquer, et j'ai laissé inonder des terres belges pour que le pays ne soit pas pris.
Commencer la conversationJ'ai signé l'armistice à Compiègne — et j'ai ensuite averti que Versailles n'était qu'un armistice de vingt ans.
Commencer la conversationJ'ai servi une cour prudente — et j'ai envoyé la note qui rendit la prudence impossible.
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