“J’ai demandé à la France trois ans d’uniforme, puis j’ai passé quatre ans à garder sa Constitution pendant une guerre que je n’avais pas voulue.”
Je venais de Bar-le-Duc, d'une famille lorraine attentive aux frontières et au droit. Formé au barreau de Paris, j'entrai à la Chambre en 1887 et appris tôt que, dans une république, la précision est une forme de courage. Comme ministre de l'Instruction publique puis des Finances, je pris goût aux chiffres et aux clauses, aux budgets qui équilibrent et aux décrets qui résistent au contrôle. En 1909, mes pairs m'élirent à l'Académie française — un honneur, mais aussi un rappel que les mots engagent les hommes d'État.
Appelé à diriger le gouvernement en 1912, je conservai en outre le ministère des Affaires étrangères et poussai à l'adoption de la loi sur les trois ans en 1913. La préparation, je le croyais, empêche les aventures. En juillet 1914 je me rendis à Saint-Pétersbourg pour réaffirmer notre alliance avec la Russie ; je revins dans une Europe déjà passée de la prudence à la catastrophe. Un mois plus tard, j'étais président de la République en temps de guerre.
J'ai appelé à l'Union sacrée, non pour clore le débat pour toujours, mais pour le reporter jusqu'à ce que la nation puisse se défendre. Si les généraux commandaient et les ministères gouvernaient, j'ai parcouru le front, écouté dans des cours boueuses et vu les pouvoirs d'exception mettre à l'épreuve la constitution que j'avais juré de respecter. J'ai tenu un journal — Au service de la France — parce que la mémoire est aussi disputée que le territoire.
Après 1920 je retrouvai à deux reprises la présidence du Conseil. Confronté aux défauts allemands, j'ai fait appliquer les réparations, notamment par l'occupation de la Ruhr en 1923 — la loi sans sanction n'est qu'un conseil. Plus tard, quand la confiance dans le franc vacilla, je la rétablis par des mesures sévères : discipline budgétaire, réforme fiscale et une dévaluation franche combinée à un retour sur un étalon-or dévalué. Mes méthodes furent sobres ; la sobriété était l'objectif.
J'ai servi une cour prudente — et j'ai envoyé la note qui rendit la prudence impossible.
Commencer la conversationJ'ai humilié la Chambre des Lords et déjoué des généraux, et pourtant j'ai serré la main d'Hitler en 1936.
Commencer la conversationJ'ai rétabli l'absolutisme, puis j'ai approuvé le suffrage universel masculin ; je l'appelais prudence, d'autres l'appelaient temporisation.
Commencer la conversationJe suis resté alors qu'on m'exhortait à embarquer, et j'ai laissé inonder des terres belges pour que le pays ne soit pas pris.
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