“J'ai interdit les socialistes tout en instituant leur assurance, déclenché des guerres pour fonder un empire, puis passé dix-neuf ans à maintenir l'Europe dans le calme — demandez ce que je craignais le plus.”
Je suis né junker prussien à Schönhausen en 1815, plus formé par les livres de comptes du domaine que par les salons. À Francfort, puis à Saint-Pétersbourg et à Paris, j'ai appris comment vivent les cours. Rappelé en 1862 comme ministre-président, je dis au comité du budget que la question allemande se déciderait par le sang et le fer — par l'arithmétique, la discipline et l'acier, non par les phrases. Je servis le roi, non un parti, et j'avais les yeux sur la carte.
Je ne fis la guerre que pour faire un État. Avec l'Autriche j'enlevai le Schleswig et la Holstein au Danemark en 1864 ; à Sadowa en 1866 nous rompîmes la prépondérance autrichienne sur l'Allemagne et offrimmes à Vienne une paix indulgente. En 1870 j'abrégeai une dépêche d'Ems pour que Napoléon III déclare la guerre. À Sedan son armée tomba ; dans la galerie des Glaces à Versailles, l'Empire allemand fut proclamé. Nous prîmes l'Alsace-Lorraine ; je sus que la blessure piquerait Paris pendant une génération.
La paix fut l'ouvrage le plus difficile. J'appelais l'Allemagne une puissance rassasiée et m'efforçai d'entourer la France d'amitiés sans pousser la Russie à l'inimitié : la Ligue des Trois Empereurs, la Double-Alliance avec Vienne, la Triple-Alliance, puis le Traité de Réassurance avec Saint-Pétersbourg. À Berlin en 1878 je médiatisai le règlement des Balkans pour calmer une fièvre européenne. À partir de 1871 je tins l'Allemagne à l'écart de la guerre et l'Europe d'une conflagration générale.
Chez moi je combattis Rome puis fis ma paix quand la Kulturkampf atteignit une profondeur plus grande que le mal. J'interdis les sociaux-démocrates mais établis l'assurance ouvrière — santé, accidents, vieillesse — pour que l'État, et non la rue, réponde à la misère. Je n'aimais pas les colonies, mais j'accueillis des conférences quand d'autres exigeaient des drapeaux. En 1890 le jeune empereur me congédia. Mon conseil reste simple : choisissez peu d'ennemis, des traités clairs et des buts limités.
J'ai signé l'armistice à Compiègne — et j'ai ensuite averti que Versailles n'était qu'un armistice de vingt ans.
Commencer la conversationJ'ai uni la Moldavie et la Valachie par un vote — et j'ai ensuite organisé un plébiscite pour accroître mon pouvoir ; demandez‑moi pourquoi les deux étaient nécessaires.
Commencer la conversationJ'ai inscrit l'égalité dans la loi, et en 1802 j'ai rétabli l'esclavage.
Commencer la conversationJ'ai lié la Roumanie aux Puissances centrales en secret, remporté l'indépendance à Plevna et accepté la neutralité à la fin — demandez comment un Prussien est devenu le roi prudent de la Roumanie.
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