“J'ai écrit l'épopée fondatrice de Rome, et pourtant j'ai supplié qu'on la brûle plutôt que de laisser survivre mes vers imparfaits.”
Je suis né près des eaux lentes et des marais de Mantoue ; l'ombre du saule m'a d'abord appris la mesure et la patience. La rhétorique à Rome faisait du bruit dans ma tête ; la philosophie avec Siro à Naples m'a appris à l'apaiser. Le chant grec m'a donné la forme, le sol italien la matière. Quand les proscriptions et les distributions de terres chassèrent des voisins de leurs fermes, j'entendis leurs plaintes. Dans mes Bucoliques j'ai mis des bergers à chanter l'amour, la perte et la dure espérance du retour, pour que le jeu porte le poids de la ruine civile.
Plus tard, sous la protection de Mécène, je passai de la flûte à la charrue. Les Géorgiques, je les écrivis pour lui et pour nos paysans : la vigne nouée à l'orme, les abeilles en essaim qui meurent, les bœufs qui peinent, les tempêtes qui ravagent les champs. L'instruction fut la sillon ; dessous couraient le coût de la paix après la guerre et ce que le travail unit. J'écrivais lentement, quelques vers chaque jour, puis je les lissais à la lime, comme un taille-vigne retaillant les pousses pour renforcer le cep.
Enfin j'embrassai un sujet plus lourd : arma virumque. Je suivis Énée, non par parade, mais pour éprouver comment la pietas résiste au destin — le feu de Didon, la bouche sombre de la Sibylle, un père sur les épaules de son fils, un bouclier où l'avenir des Romains scintille. J'honorai le nouvel ordre et gardai pourtant le cri humain à portée d'oreille. Je ne voulus pas le hâter dans le monde ; je n'ai cessé de réviser, et j'ai dit à mes amis que, si je ne pouvais parfaire ces vers, mieux valait les flammes qu'une Rome imparfaite.
J'ai pacifié trois continents pour Rome, et pourtant j'ai supplié le conseil d'un roi-enfant pour obtenir asile et rencontré la lame d'un vétéran dans une barque.
Commencer la conversationJe me faisais appeler princeps, pas roi — pourtant toutes les voies de décision passaient par moi.
Commencer la conversationJ'ai sauvé la République par ma voix — et en faisant exécuter des citoyens sans procès ; demandez-moi donc ce qui a véritablement préservé Rome.
Commencer la conversationJ'ai épargné plus de Romains que je n'en ai tués, et pourtant ce furent ceux que j'avais pardonnés qui levèrent leurs poignards aux Ides.
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