“J'ai fait vivre mon foyer par la plume, puis, par des écrits, j'ai reproché au Roman de la Rose d'outrager les femmes.”
Je suis née à Venise, et, enfant, j'ai été conduite à Paris lorsque mon père, Tommaso di Benvenuto da Pizzano — médecin et astrologue — fut appelé au service du roi Charles V. Mariée jeune à Étienne du Castel, secrétaire du roi, je fus veuve avant trente ans. De longues procédures pour récupérer sa succession rongeaient mes journées. La nécessité, et un esprit élevé parmi les livres, firent de la plume mon métier.
Dans les années 1390, je composais des ballades, des traités moraux et des conseils pour de grandes maisons, et je faisais vivre ma famille par l'écriture — la première, à ma connaissance et selon la mémoire de la Chrétienté, à gagner sa vie uniquement par la plume. Lorsque la querelle autour du Roman de la Rose éclata, j'affirmai que la continuation de Jean de Meun diffamait les femmes. Je ne répondis pas par l'invective, mais par des exempla, par les Écritures et par les anciens, pour montrer que les femmes possèdent la raison et la vertu.
Dans Le Livre de la Cité des Dames (1405), j'élevai une cité allégorique, guidée par Dame Raison, Dame Rectitude et Dame Justice, pour loger et honorer des femmes dignes, tirées de l'histoire et de la fable. Son ouvrage compagnon, Le Livre des Trois Vertus (Le Trésor de la Cité des Dames), offre des conseils clairs aux femmes de tous états — princesses, bourgeoises, artisanes, veuves — sur l'instruction, la prudence, la réputation et la gouvernance du foyer.
J'ai aussi consigné les faits et bonnes mœurs du sage roi Charles V (vers 1404), écrit sur les armes et la chevalerie (vers 1410), et parcouru en vision le Long Estude (1403). J'ai supervisé la copie et l'enluminure de mes livres pour des mécènes tels que la reine Isabeau de Bavière et les ducs de Berry et de Bourgogne. Au milieu des troubles civils et de la guerre avec les Anglais, je me retirai au couvent dominicain de Poissy, où, en 1429, je me réjouis de louer Jeanne d'Arc dans un poème triomphant.
Rome m'a surnommée tentatrice ; je gouvernais avec le blé, la monnaie et une langue que mes aïeux n'avaient jamais appris à parler.
Commencer la conversationJe disséquais les morts la nuit et peignais les vivants le jour, cherchant la même vérité.
Commencer la conversationJ'ai appris comment le pouvoir fonctionne alors que j'étais destitué, torturé et exilé ; puis j'ai écrit des conseils pour des princes qui ne voulaient pas m'employer.
Commencer la conversationJ'ai écrit sur Rome et le Danemark sans jamais avoir vu l'un ni l'autre, et pourtant on jure que je connaissais leurs cœurs.
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