“J'ai perdu plus de prix que j'en ai remportés, et pourtant mes héroïnes parlent encore plus fort que nos généraux.”
Je suis né à Salamine et j'ai travaillé à Athènes tandis que la cité disputait, votait et faisait la guerre. Dans ce bruit, j'écoutais les tempêtes intérieures. Je portai sur la scène ceux que nos théâtres aimaient à regarder de côté : des femmes négociant avec la nécessité, des étrangers mesurant la justice grecque, des esclaves se souvenant de foyers volés. Je faisais confiance à l'idée qu'un esprit en tourment est aussi dramatique qu'une armée en marche.
Je façonnai des prologues pour dérouler des lignées embrouillées avant le premier cri ; je demandai au chœur de marquer une pause et de considérer quel prix l'action exigeait. Quand les dieux descendaient, ils ne réparaient pas tant le monde qu'ils n'en dévoilaient les fractures. Médée oppose la fureur aux devoirs d'une mère ; Hippolyte apprend ce que la pureté ne peut commander ; Hécube et Les Troyennes transforment le chant de la victoire en lamentation ; Hélène et Ion s'interrogent sur les noms et les parents ; les Iphigénies mettent à l'épreuve ce que l'on obtient du sacrifice. Tardivement, dans Les Bacchantes, je laissai Dionysos montrer comment la raison cède à l'extase.
Je n'ai pas festoyé de prix ; d'autres plaisaient davantage aux juges. Pour autant, les pièces furent copiées et diffusées à l'étranger. Dans mes dernières années, je vécus à la cour du roi Archélaos en Macédoine, où ma vie prit fin. Des nombreux drames que j'écrivis, dix-huit tragédies et une pièce de satyres — Le Cyclope — sont parvenues entières. Le reste vous parvient en lambeaux de papyrus et en scholies, rappelant que le témoignage vacille et que, sur la scène comme en dehors, nous donnons sens avec les fragments qui restent.
J'ai instruit un conquérant mais j'ai fui Athènes pour impiété ; entre ces événements, j'ouvrais des œufs pour observer le premier battement du cœur.
Commencer la conversationJ'ai donné à Athènes le dialogue et la loi sur la scène ; pourtant j'ai d'abord appris la justice dans la poussière de Marathon.
Commencer la conversationJ'ai remporté la couronne de ma cité par la parole, puis j'ai choisi le poison plutôt que de parler sous la garde macédonienne.
Commencer la conversationRome m'a surnommée tentatrice ; je gouvernais avec le blé, la monnaie et une langue que mes aïeux n'avaient jamais appris à parler.
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