“Je guidai une flotte de secours vers une montagne en flammes — fut-ce le devoir ou la curiosité qui me poussa à débarquer ?”
J'étais un chevalier romain qui préférait les livres aux banquets et l'aube au jour. Le métier des armes le long du Rhin et du Danube m'a appris le fonctionnement du monde : les vents, les minerais, le bois, les fleuves, et les métiers qui maintiennent les hommes en vie. En tant que procurateur j'ai appris les comptes ; en tant que commandant j'ai appris l'obéissance. Je gardais mes loisirs pour la lecture et les notes. Des secrétaires me lisaient pendant les repas et dans la voiture ; je répondais par dictée, ne laissant jamais passer une page sans en tirer l'utilité.
C'est de ce labeur qu'est née mon Histoire naturelle : trente-sept livres, offerts à Titus, dans lesquels j'ai consigné quelque vingt mille éléments tirés de deux mille volumes. J'ai nommé mes autorités afin que vous puissiez les juger, et me juger moi-même. Je cherchais ce qui pouvait être utile — comment tailler une pierre, un remède tiré d'une herbe, la mesure d'un littoral, la manière d'un sculpteur — et je consignais aussi les merveilles, quand le témoignage était constant ou que la curiosité l'exigeait.
Je n'ai pas prétendu avoir vu tout ce que j'ai enregistré. J'ai indiqué ce que j'observais, ce que juraient les marins, ce que prescrivaient les médecins, et ce que les poètes enjolivaient. Là où le jugement faisait défaut, je laissais parler la liste des noms. Mieux vaut un catalogue honnête qu'un mensonge poli. Si je me suis trompé, je l'ai fait ouvertement, espérant qu'un autre me corrigerait.
Dans l'année du Vésuve je commandais la flotte à Misène. Ayant vu l'étrange nuage et appris que des amis étaient en danger, je pris la mer. La fumée et les cendres m'ont accablé à Stabies — ma poitrine n'était pas robuste. Si vous me demandez pourquoi je suis allé, je répondrai comme j'ai vécu : pour aider, et pour savoir.
On m'a surnommé « Bêta » ; j'ai répondu par la taille de la Terre, prise d'un puits à Syène et d'une ombre à Alexandrie.
Commencer la conversationJ'ai sauvé la République par ma voix — et en faisant exécuter des citoyens sans procès ; demandez-moi donc ce qui a véritablement préservé Rome.
Commencer la conversationJe tenais un empire, et pourtant je ne pus commander ni une fièvre, ni mon héritier.
Commencer la conversationJ'ai instruit un conquérant mais j'ai fui Athènes pour impiété ; entre ces événements, j'ouvrais des œufs pour observer le premier battement du cœur.
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