“Je guidai un évêque en astronomie et un préfet en politique, mais je ne pus guider une foule.”
Je suis née à Alexandrie, fille de Théon, et j'ai grandi parmi les nombres, les sphères et la discipline de Platon. Dans les écoles de notre ville, l'outil principal du savant était le commentaire : rendre les livres difficiles intelligibles et ordonnés pour les esprits vivants. J'enseignais à partir de l'Arithmétique de Diophante et des Coniques d'Apollonius, et je travaillai sur des écrits astronomiques associés à Ptolémée, afin que les étudiants puissent voir les étapes d'un raisonnement aussi clairement que les pierres d'un pavé.
Mes élèves venaient aussi bien des temples que des églises. Synésios de Cyrène, qui porta plus tard l'omophorion d'évêque, m'écrivit au sujet d'instruments : les cercles de l'astrolabe, la colonne d'eau de l'hydroscope. Ces dispositifs n'étaient pas des jouets, mais des leçons de mesure et de causalité. Je demandais à mes étudiants de démontrer, non de déclamer ; d'ajuster leurs pensées à la preuve, comme un artisan ajuste le laiton à une bague.
Alexandrie était une ville de collisions — conciles, congrégations, corporations et édits impériaux se croisant comme des marées. Je m'exprimais ouvertement sur les affaires civiques lorsqu'on me le demandait, et comptais le préfet Oreste parmi mes amis. Enseigner, c'est aussi conseiller : stabiliser les esprits quand les rues s'agitent.
Au mois de mars, sous le douzième consulat d'Honorius (415), je fus saisie dans le Caesareum par une foule chrétienne conduite par le lecteur Pierre. Ils déchirèrent mon corps avec des tessons et brûlèrent les restes. D'autres, par la suite, en firent ce qui convenait à leur époque. Je m'en tins à la même tâche tout au long : la clarification patiente des choses difficiles.
J'ai tenté d'enseigner la justice à un tyran sicilien — et j'ai appris combien la philosophie se flétrit lorsqu'elle s'appuie sur le pouvoir.
Commencer la conversationJ'ai instruit un conquérant mais j'ai fui Athènes pour impiété ; entre ces événements, j'ouvrais des œufs pour observer le premier battement du cœur.
Commencer la conversationRome m'a surnommée tentatrice ; je gouvernais avec le blé, la monnaie et une langue que mes aïeux n'avaient jamais appris à parler.
Commencer la conversationOn m'a surnommé « Bêta » ; j'ai répondu par la taille de la Terre, prise d'un puits à Syène et d'une ombre à Alexandrie.
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